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Payante, la diversification dans les stations!

Payante, la diversification dans les stations!

1. Introduction

Cela fait déjà près d’une quarantaine d’années que les activités estivales s’invitent, ici et là, dans les stations de ski au Québec. Or, depuis deux ans, la tendance prend davantage d’ampleur aux pieds des pistes. À tel point que ce sont plus du tiers des organisations membres de l’Association des stations de ski du Québec qui ouvrent désormais leurs portes en période estivale.

Aux glissades d’eau et parcours de golf que proposaient déjà une poignée de stations, la randonnée pédestre, le vélo de montagne, les tyroliennes et le camping figurent parmi les activités qui se sont ajoutées au fil des années dans la cour arrière d’une trentaine d’établissements. S’ajoutent les festivals de musique, les occasions gourmandes ou encore le cinéma en plein air dans des lieux tous plus enchanteurs les uns que les autres. Sans oublier les stations qui souhaitent faire peau neuve. Ski Mont Blanc en est un bel exemple: une plage, des activités nautiques, un nouvel hôtel et du vélo électrique s’inscrivent, entre autres, au menu d’un investissement majeur de 60 millions de dollars.

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2. Enfin, on ouvre l’été!

Le Mont Grand-Fonds, dans Charlevoix, fait partie de ces nouvelles destinations estivales ayant pris forme depuis 2020. « Ça ne me rentrait pas dans la tête que l’on doive fermer nos portes au printemps pour ne les rouvrir qu’au mois de décembre. À mes yeux, c’était un non-sens », s’exclame le directeur général de la station charlevoisienne, Sébastien Tremblay, en poste depuis 2019.

Depuis déjà deux étés, cet établissement grouille de visiteurs venus pratiquer la randonnée pédestre,le vélo de montagne ou tout simplement du camping autonome. Dans le stationnement, une quinzaine d’emplacements ont d’ailleurs été aménagés pour accueillir de petits VR qui sont de plus en plus nombreux à venir s’y garer quelques jours. « Les campeurs sont invités à contribuer de façon volontaire. Et ils le font », constate le gestionnaire de la station.

Cette diversification de l’offre -qui fait d’ailleurs le bonheur de nombreux hôteliers de la région- exige, certes, des investissements additionnels. Quelques dizaines de milliers de dollars ont ainsi été nécessaires pour baliser les sentiers du mont Grand-Fonds. « J’ai réalisé que nos demandes de financement obtiennent beaucoup plus de considération de la part des institutions financières et des gouvernements si l’entreprise fonctionne pendant quatre saisons plutôt que 16 semaines par année », affirme Sébastien Tremblay.

À ce propos, le Mont Grand-Fonds, à l’instar de dizaines d’autres stations de la province, a bénéficié d’une part de l’enveloppe de 11 millions de dollars accordée par le ministère du Tourisme au printemps 2022 pour le développement durable des montagnes de la province.

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3. Une solution pour la rétention de main-d’œuvre

En plus de répondre aux besoins de la population en quête d’expériences de plein air, la tenue d’activités estivales dans les stations présente un avantage non négligeable en matière de ressources humaines. Parlez-en à Luc Élie, propriétaire et directeur général de Mont Rigaud. Depuis que le vélo de montagne a été introduit à la station en 2011, le gestionnaire réussit à conserver sa garde rapprochée composée d’une dizaine d’employés. « Notre station demeure en vie! » soutient-il.

Outre ce précieux personnel qui lui demeure fidèle, Luc Élie est d’avis que les sessions printanières et automnales de l’école de vélo de montagne, l’accès au réseau de sentiers ainsi que la possibilité de pique-niquer sur les pentes tout au long de l’été permettent à la clientèle des environs de bénéficier du terrain de jeu de Mont Rigaud à l’année.

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4. Dix fois plus d’employés!

Le directeur général de la station récréotouristique du mont Adstock, Mathieu Desmarais, qui s’apprête à inaugurer un tout nouveau réseau de sentiers de vélo de montagne d’une quinzaine de kilomètres, constate, lui aussi, les vertus des activités estivales sur sa main-d’œuvre. « Pour la première fois depuis la création de la station en 1958, nous avons une trentaine d’employés en poste pour l’été, soit dix fois plus de personnes que nous pouvions garder par les années passées », mentionne fièrement le gestionnaire.

L’acquisition du parcours de golf, voisin de la station, au début de l’année 2022, contribue, certes, à cette hausse soudaine d’emplois estivaux. « Il s’agit pour nous d’une extraordinaire occasion de rétention de main-d’œuvre. Non seulement il y a désormais un partage de ressources entre les deux produits phares de la destination, on sent naître un important sentiment d’appartenance au sein de notre personnel d’enneigement que l’on peut garder à temps plein », soulève le dirigeant de la station devenue au fil des ans une coopérative.

La tangente quatre saisons adoptée par l’établissement a aussi des répercussions très positives dans la MRC. « Des employeurs de la région n’hésitent pas à utiliser notre nouvelle offre de services comme élément d’attraction et de rétention de personnel », avise Mathieu Desmarais. Un important domaine de camping permanent avec chalets, d’au moins 500 emplacements, est même sur le point d’être aménagé à proximité de la station. « Sans la bonification d’activités d’été au sein de la station, ce projet n’aurait jamais vu le jour, nous ont signalés les promoteurs », soutient le gestionnaire.

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5. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

À la station Mont SUTTON, on réalise à quel point la désaisonnalisation des opérations entamées en 2017 génère un lot d’impacts positifs pour la destination.

En plus du développement d’un réseau de vélo de montagne d’une trentaine de sentiers et l’aménagement de nouveaux sites de camping accessibles par randonnée au sommet 840, la direction mise sur une sélection de tyroliennes ouvertes sept jours sur sept l’été et ensuite tous les week-ends lors du festival d’automne. Près de deux millions de dollars ont d’ailleurs été investis pour aménager de singuliers modèles de transport sur filin, dont le plus incliné au Canada et un tout nouveau prototype à virages long de plus de 600 mètres, fait savoir la directrice marketing de l’organisation, Nadya Baron.

Jusqu’à présent, cette optimisation du terrain de jeu suttonnais se traduit par une centaine de postes de travail offerts l’été, soit quatre fois plus qu’il y a cinq ans, avise la gestionnaire. Et ce n’est que le début, ajoute-t-elle. Ce calendrier estival permet aussi de maintenir les activités de promotion en continu. Et bien sûr, accueillir la visite entre le solstice d’été et celui d’hiver permet à la station de contribuer solidement à l’économie touristique de la région, avance la porte-parole de l’établissement.

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6. Ça prend tout de même du volume!

Tout comme le susurraient les fantômes dans le film Field of Dreams, il serait si simple de dire : « Construisez-le et ils viendront ».  Malheureusement, cette inoubliable réplique du long-métrage hollywoodien des années 1990 est loin d’être la réalité de toutes les destinations. Germain Barette, de retour à la barre de la direction générale du Parc régional de Val d’Irène, peut en témoigner.

Des camps de jour, des jeux d’eau, du vélo de montagne avec remontée mécanique…voilà autant de formules estivales que la station a essayé d’appliquer au cours des dix dernières années. De belles initiatives qui, au lieu de générer des revenus, se sont soldées par des pertes économiques de plus d’un million de dollars. « Ça prend du volume pour assurer la santé financière de ces activités. Un bassin de visiteurs dont notre secteur de la MRC de la Matapédia ne bénéficie pas suffisamment. La grande majorité des touristes qui font le tour de la Gaspésie veulent voir la mer, ce que nous n’avons pas », explique le gestionnaire.

Le dirigeant, qui en a vu d’autres, n’a pas pour autant jeté la serviette. Depuis trois ans, il collabore avec une dizaine de bénévoles pour offrir un réseau d’une dizaine de kilomètres qui circule au bas de la montagne. « Ces bénévoles vont chercher eux-mêmes le financement nécessaire pour aménager les sentiers. Ils ont également mis en place un service de billetterie en ligne. Et ça fonctionne très bien », raconte le dirigeant de la station gaspésienne.

En fait, poursuit-il, pour que la recette soit rentable en saison estivale, il faut pouvoir maximiser les équipements d’hiver en fonction des besoins de la population locale qui en sera les principaux utilisateurs. « Il y a trois ans, nous avons investi quelques milliers de dollars pour climatiser le chalet d’accueil qui peut recevoir des groupes de 225 personnes. Certes, la COVID-19 a retardé nos plans. Quoi qu’il en soit, nous avons plus d’une dizaine de réservations pour divers événements familiaux, dont deux mariages, à notre agenda de l’été 2022. Une première pour la station », souligne Germain Barrette. Il précise que ces réservations constituent l’équivalent d’un mois de travail pour près d’une dizaine d’employés.

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7. Petits revenus, mais…

À l’exception des stations qui roulent leurs bosses en été depuis belle lurette, la plupart des gestionnaires soutiennent que leurs revenus estivaux sont minces. Ils représentent à peine 5 % des revenus annuels, disent-ils. « Ce sont des revenus dont la station ne pourrait toutefois plus se passer », avoue Luc Élie, gestionnaire et propriétaire de Mont Rigaud.

Certains dirigeants ont toutefois bon espoir de voir leurs futures retombées estivales grimper en flèche. C’est le cas de Jean-François Dionne, directeur général du Mont-Lac-Vert, au Lac-Saint-Jean. Ce dernier souhaite tripler, voire même quintupler les revenus estivaux d’ici cinq ans. Pour y parvenir, le gestionnaire, arrivé en poste depuis le début de l’été, maximise les efforts entourant le réseau de sentiers de vélo de montagne et la mise en place d’une nouvelle halte VR dans le stationnement de 300 places. Depuis la mi-juillet, la remontée mécanique principale dispose d’ailleurs de crochet pour le transport des vélos au sommet de la montagne de 240 mètres de dénivelé.

Conscient qu’il y a d’autres réseaux de vélo de montagne dans la région, le directeur de la station jeannoise prône un horaire du jeudi au samedi afin de ne pas être en conflit avec ces derniers. « Tant mieux si les visiteurs extérieurs se déplacent en grand nombre dans la région. Toutefois, insiste-t-il, notre objectif est d’abord et avant tout d’offrir à notre communauté locale des lieux de pratique pour cette activité, et non de se cannibaliser entre destinations. »

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